La bataille de Tahouda
Date : octobre ou novembre 683 (63 de l’Hégire)
Lieu : Tahouda (ou Tehouda), à 12 km au sud de l’actuelle Biskra (Algérie), dans la plaine entre l’oasis de Vescera (l’antique Biskra) et les premiers contreforts de l’Aurès.
Protagonistes :
- Coalition berbéro-byzantine menée par Koceïla (Kusayla ibn Lemzem), roi des Awraba
- Armée arabe omeyyade commandée par Okba ibn Nafi al-Fihri, gouverneur de l’Ifriqiya
Contexte immédiat
- 681-683 : Okba lance son grand raid vers l’Atlantique (Tanger, Sous, Walili). Il laisse derrière lui des garnisons très faibles et multiplie les exactions : exécutions sommaires, prises d’otages, razzias de bétail, humiliation des chefs berbères.
- Koceïla, qui avait accompagné Okba (soit comme otage, soit comme allié apparent après sa conversion forcée), rompt définitivement avec lui après l’exécution de plusieurs notables berbères et le rapt de leurs filles.
- Okba, au retour, n’a plus avec lui que 300 cavaliers d’élite (selon Ibn Khaldoun et al-Bakri) ou 500 selon d’autres sources. Il est épuisé, loin de ses bases, et pense que le pays est pacifié.
Déroulement de la bataille (reconstitution la plus acceptée)
- L’embuscade
Koceïla, informé du retour d’Okba par ses éclaireurs, rassemble une armée considérable : plusieurs milliers de guerriers berbères Awraba, Sanhadja et Byzantins (restes de la garnison de Baghaï et de Tripoli). Il place ses forces en embuscade dans les palmeraies et les défilés autour de Tahouda. - Le piège se referme
Okba entre dans la plaine de Tahouda sans soupçonner le danger. Les Berbères attaquent de tous côtés : archers et frondeurs dans les palmiers, cavalerie lourde sur les flancs. L’armée arabe est encerclée en quelques minutes. - Combat au corps-à -corps
Okba tente une percée héroïque. Selon la tradition, il combat jusqu’au bout, sabre au poing. Abou al-Mouhajir Dinar (son lieutenant et ancien rival qu’il avait réconcilié) meurt à ses côtés.
La chronique rapporte les derniers mots attribués à Okba :
« Si je dois mourir, que ce soit en combattant ! » - Massacre final
Toute la colonne arabe est exterminée. Okba est tué, décapité ; sa tête et celle d’Abou al-Mouhajir sont exposées sur des lances. Koceïla récupère également le Coran personnel d’Okba (encore conservé, dit-on, dans la zaouïa de Sidi Okba).
Bilan
- Pertes arabes : quasi-totales (300 Ã 500 morts, aucun survivant notable).
- Pertes berbères : très faibles.
- Conséquence immédiate : chute de Kairouan, expulsion des Arabes d’Ifriqiya pendant 5 ans (683-688). C’est la plus lourde défaite arabe en Afrique du Nord avant celle de la Kahina en 695-701.
Lieux de mémoire actuels (2025)
- Mausolée de Sidi Okba (à 25 km de Biskra) : contient la tombe d’Okba ibn Nafi et d’Abou al-Mouhajir. C’est l’un des plus anciens sanctuaires musulmans d’Afrique du Nord.
- Site de Tahouda : une petite stèle et une mosquée moderne marquent approximativement le lieu de l’embuscade. Chaque année, des cérémonies commémoratives y sont organisées, parfois avec des tensions entre versions « arabe » et « berbère » de l’histoire.
Sources principales
- Al-Bakri (XIᵉ siècle)
- Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères
- Ibn Idhari, Al-Bayan al-Mughrib
- Tradition orale berbère chaouia et kabyle (très vivace dans l’Aurès)
Laisser un commentaire