Okba ibn Nafa (عقبة بن نافع الفهري)
Okba ibn Nafa, également orthographié Oqba ibn Nafi al-Fihri (en arabe : عقبة بن نافع الفهري القرشي), né en 622 à La Mecque (actuelle Arabie saoudite) et mort en 683 près de l’oasis de Sidi Okba (wilaya de Biskra, Algérie), est un général et gouverneur arabe emblématique de l’expansion musulmane. Membre du clan des Fihrides de la tribu des Quraych, il sert d’abord le califat rashidun sous Omar, puis le califat omeyyade sous Muawiya Ier et Yazid Ier. Neveu d’Amr ibn al-As (conquérant de l’Égypte), il est considéré comme l’un des principaux architectes de la conquête du Maghreb, étendant l’islam jusqu’aux confins de l’Afrique du Nord. Élevé dans un environnement islamique fervent, il participe activement à l’âge d’or des expansions musulmanes dès l’adolescence.
Enfance et formation
Né l’année de l’Hégire (622), Okba grandit au sein d’une famille qurayshite influente, marquée par une tradition militaire et religieuse forte. Fils de Nafi ibn Abd al-Qays et de Salma bint Harmalah, il accompagne son oncle Amr ibn al-As dès l’âge de 14 ans lors des premières conquêtes. Formé aux techniques de guerre arabe et à l’islam naissant, il acquiert une réputation de piété et de bravoure, tout en développant un caractère décrit comme irascible par certains historiens. Il est un tabi’i (génération suivant les compagnons du Prophète), ce qui renforce son statut spirituel.
Carrière militaire et conquêtes
Okba débute sa carrière lors de la conquête de l’Égypte en 640, sous les ordres d’Amr ibn al-As. Il participe à la prise de Barqa (actuelle Libye) et de Zawila, sécurisant ces régions pour l’empire musulman. En 647-648, il figure parmi les chefs lors de la première expédition en Ifriqiya (Afrique du Nord) commandée par Abdallah ibn Sa’d, où il est lieutenant pour l’Égypte. Il mène un raid en Nubie vers 652, mais échoue, avant de réussir une expédition au Fezzan (Libye actuelle) en 663, conquérant Germa et Kawar (près du lac Tchad).
En 670, nommé gouverneur de l’Ifriqiya par le calife Muawiya Ier, il lance une grande campagne depuis Waddan (Libye). Il fonde Kairouan (Tunisie actuelle) en 670 comme base militaire et centre administratif, y érigeant la Grande Mosquée de Kairouan – la plus ancienne du Maghreb, initialement en mortier de chaux simple, inspirée des premières mosquées du Prophète. De là, il soumet Tripoli, Sirte et Sabratha sur la côte, tout en pacifiant les oasis intérieures comme le Fezzan pour sécuriser ses arrières. Il intègre des éléments soudanais dans son armée et propage l’islam par la force et la diplomatie, convertissant ou imposant la dhimma aux populations berbères et byzantines.
Rappelé en 675 pour des intrigues politiques (rivalité avec Abou al-Mouhajir Dinar), il est rétabli en 681-682 sous Yazid Ier. Il mène alors un raid audacieux vers l’ouest, traversant l’Algérie (Tlemcen), atteignant Tanger et les parages de Massa (Maroc actuel). Selon la tradition, il chevauche jusqu’à l’océan Atlantique, clamant : « Ô Dieu, si je n’avais pas craint de manquer d’océans, j’aurais continué ! » Ce périple marque l’apogée de ses conquêtes, étendant l’islam jusqu’aux confins du Maghreb.
Mort et héritage
Au retour de ce raid, en 683, Okba est surpris par une coalition berbéro-byzantine menée par Koceïla (Kusayla), roi chrétien berbère allié aux Byzantins. Lors de la bataille de Tahouda (près de Sidi Okba), ses 300 cavaliers d’élite sont anéantis ; Okba et Abou al-Mouhajir meurent au combat. Selon Ibn Khaldoun, la reine berbère Kahina (Dihya) aurait incité les Berbères de Tehouda à cette embuscade. Ses troupes se replient sur Barqa, mais les Arabes reprennent Kairouan en 688 sous Zuhayr ibn Qays.
Sa tombeau, au centre de Sidi Okba (Algérie), abrite une mosquée construite autour de sa dépouille, devenue un lieu de pèlerinage. Père d’Abu Ubayda ibn Uqba, il laisse un héritage ambivalent : héros de l’islamisation du Maghreb pour les musulmans, symbole de conquête violente pour certains Berbères, avec des accusations de rapts et de répressions. En 2025, son nom inspire des bases militaires (comme Okba ibn Nafa en Libye) et des groupes extrémistes (katiba AQMI en Tunisie), tout en étant célébré comme pionnier de l’islam en Afrique du Nord.