Saïd Bouteflika
Saïd Bouteflika (en arabe : سعيد بوتفليقة), né le 17 janvier 1957 à Oujda (Maroc), est le frère cadet et le conseiller le plus influent de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika (1999-2019). Pendant les quinze dernières années du règne de son frère, particulièrement après l’AVC dévastateur de 2013 qui le laissa quasi-aphasique et grabataire, Saïd devint de facto le véritable dirigeant de l’Algérie : il présidait les réunions au palais d’El Mouradia, recevait les généraux, ministres et ambassadeurs, décidait des nominations, des marchés publics et même de la politique étrangère. Surnommé « le Président-bis », « le Régent » ou « le 3ᵉ mandat de Saïd », il incarna la dérive clanique et autoritaire du système Bouteflika, marquée par une corruption endémique et des scandales personnels sulfureux. Sa chute brutale en avril 2019, au cœur du Hirak populaire, s’accompagna d’arrestations, de condamnations cumulées à des peines de prison lourdes et d’une incarcération prolongée jusqu’en décembre 2025. Figure la plus haïe du mouvement contestataire, il reste le symbole d’une ère où le pouvoir familial s’entremêla à des affaires de détournements massifs, de trafics occultes et de rumeurs de débauche, entachant à jamais la mémoire du régime.
Jeunesse et formation (1957-1990) : Un parcours modeste teinté de proximité fraternelle
Né à Oujda, au Maroc, où ses parents s’étaient réfugiés pendant la guerre de libération nationale (1954-1962), Saïd grandit dans une famille modeste originaire de Tlemcen. Son père, Ahmed Bouteflika, était instituteur puis employé municipal, tandis que sa mère, Mansouriah Ghezlaoui, gérait un hammam. Retour en Algérie en 1962, il suit des études secondaires à Tlemcen avant d’intégrer la faculté de Bab Ezzouar d’Alger, où il se spécialise en énergie renouvelable. est devenu maitre de conférence à l’université dans les années 1980, il n’exerce jamais pleinement sa profession. Dès la fin de la décennie, il devient l’homme de confiance de son frère Abdelaziz, alors ministre-conseiller à la présidence sous Chadli Bendjedid. Cette proximité préfigure son rôle futur : un conseiller officieux, sans titre formel, mais aux leviers discrets du pouvoir. Déjà, des rumeurs d’emprunts impayés à des voisines – comme une coiffeuse de son immeuble à El Biar, qui l’accuse en 2003 d’avoir accumulé des dettes sans rembourser – esquissent le portrait d’un homme habitué à vivre au-dessus de ses moyens, préfigurant les scandales financiers ultérieurs.
Ascension discrète (1999-2013) : L’ombre du palais et les premiers soupçons de corruption
L’élection d’Abdelaziz Bouteflika en 1999 marque l’irruption de Saïd au palais présidentiel, où il s’installe à la résidence Djenane El-Mithaq, puis à Zéralda. Officiellement « conseiller spécial » sans salaire ni statut publié, il gère la communication, les rendez-vous et la sécurité du président. Il joue un rôle clé dans le limogeage de rivaux comme Ali Benflis (2003) ou Chakib Khelil (à certaines périodes), consolidant un réseau d’alliés loyaux. Cette période coïncide avec l’explosion des prix du pétrole, alimentant une manne qui, selon des câbles Wikileaks déclassifiés en 2010, irrigue une corruption « à son pic » impliquant les frères Bouteflika. Des scandales émergent : l’affaire Khalifa (banque et BTP, 2003), l’autoroute Est-Ouest (pots-de-vin sur un projet gonflé à 17 milliards de dollars au lieu de 9-10), et Sonatrach (détournements massifs). Saïd est cité comme orchestrateur, via des financements occultes et des nominations complaisantes, mais protégé par le régime. En 2014, une lettre ouverte de Hichem Aboud l’accuse déjà de corruption dans ces dossiers, ajoutant des allégations de trafic de drogue et de « perversion sexuelle » (homosexualité, illégale en Algérie), qualifiant l’État de « propriété privée » du clan. Ces rumeurs, amplifiées par des rivaux comme le général Toufik (DRS), visent à le discréditer, mais soulignent son emprise grandissante.
Le « règne de Saïd » (2013-2019) : Pouvoir absolu, corruption généralisée et scandales personnels
Le 27 avril 2013, l’AVC massif d’Abdelaziz à Paris (Val-de-Grâce) propulse Saïd au centre du pouvoir. Le président, réduit à une chaise roulante, ne parle ni ne lit plus ; Saïd préside les conseils, reçoit les chefs d’état-major (Ahmed Gaïd Salah) et directeurs du DRS (général Toufik), nomme les Premiers ministres (Sellal, Tebboune, Ouyahia, Bedoui). Il gère les mégacontrats : autoroute Est-Ouest, métro d’Alger, partenariats chinois. Son entourage – Ali Haddad (financement électoral), Saïdani et Ould Abbès (FLN), généraux comme Chantouf et Nouba, oligarques comme les frères Kouninef – forme la « issaba » (la bande), un réseau de 4 352 appels/SMS en 2018-2019, selon les juges.
Scandales de corruption : Saïd est au cœur d’un système où la rente pétrolière (70 milliards de dollars perdus, selon Echorouk) finance des pots-de-vin. L’affaire Saipem (2013) : 197 millions d’euros versés à Chakib Khelil pour des contrats de 8 milliards ; Saïd annule les mandats d’arrêt contre Khelil, entravant la justice. Financement occulte des campagnes : Ali Haddad dépose 7 millions d’euros en liquide au siège FLN sur ordre de Saïd, pour le 5ᵉ mandat fantôme de 2019. Comptes secrets en Suisse et au Liban, villas à Hydra et El Biar, biens saisis en 2019-2023. En 2023, 2 378 communications avec les Kouninef révèlent des marchés truqués ; condamnation à 12 ans pour « corruption et recel ». Des perquisitions à son domicile découvrent documents liant Saïd à des transactions suspectes avec des hommes d’affaires.
Scandales et rumeurs sur les femmes : Moins documentés judiciairement, mais persistants, ces aspects alimentent le portrait d’un « régent » débauché. Rumeurs d’homosexualité et d’abus d’alcool/drogue, relayées par Aboud en 2014 et Wikileaks, visent à le déstabiliser dans un contexte conservateur. Liens avec des femmes : Il est accusé d’avoir piégé Nachinachi Zoulikha-Chafika (« la fille secrète de Bouteflika »), jugée en 2020 pour corruption et blanchiment, qui l’accuse d’avoir utilisé sa supposée proximité pour des marchés publics (parc à thème, supermarchés). Son ex-épouse, dont l’identité reste floue (rumeurs d’une femme liée à une coiffeuse ou à des cercles diplomatiques), démissionne de postes publics en 2019 ; des dettes impayées à une voisine (Madame M.) en 2003 soulignent des relations personnelles troubles. Ces allégations, souvent instrumentalisées, renforcent l’image d’un pouvoir corrompu jusqu’à l’intime.
Son projet ultime – un 5ᵉ mandat pour Abdelaziz, suivi d’une transition où il serait Premier ministre ou intérimaire – échoue face au Hirak.
Chute (février-avril 2019) : Le coup de force raté et l’arrestation
Le 22 février 2019, le Hirak explose contre le 5ᵉ mandat. Le 11 mars, Bouteflika annonce sa candidature : indignation populaire. Le 2 avril, Gaïd Salah exige l’article 102 (déchéance pour incapacité). Le 9 avril, Saïd tente un « coup de force » avec Toufik, Tartag et Medienne pour limoger Gaïd et nommer Tartag intérimaire. L’opération échoue ; arrêté chez lui avec sa sœur Zhor, il est incarcéré à Blida.
Condamnations judiciaires (2019-2025) : Un cumul de peines pour corruption et complot

| Date | Affaire | Peine | Lieu |
|---|---|---|---|
| Sept. 2019 | Complot contre l’État et l’armée (avec Toufik, Tartag, Hanoune) | 15 ans (acquitté en appel 2021) | Tribunal militaire de Blida |
| Déc. 2019 | Corruption, trafic d’influence, blanchiment | 8 ans | Sidi M’Hamed (Alger) |
| Oct. 2021 | Entrave à la justice, abus de fonction (affaire Khelil) | 2 ans | Alger |
| Juin 2022 | Corruption générale | 8 ans | Alger |
| Fév. 2023 | Corruption et recel (frères Kouninef, marchés truqués) | 12 ans ferme | Sidi M’Hamed |
| 2022-2023 | Détournement de deniers publics, avantages indus | Condamnations cumulées (non cumulables, ≈10 ans ferme) | Divers tribunaux |
| Déc. 2025 | Situation actuelle | Incarcéré (El Harrach/Koléa) ; total exécutoire ≈10-12 ans | – |
Confiscations : villas (Hydra, El Biar, Tlemcen), comptes en Suisse/Liban (révélés en 2023 via coopération helvétique), biens estimés à des millions d’euros.
Situation en décembre 2025 : Une fin en prison, sous le poids des scandales
À 68 ans, incarcéré depuis plus de six ans, Saïd souffre de diabète, hypertension et problèmes cardiaques. Ses demandes de libération conditionnelle ou de grâce (sous Tebboune) sont rejetées, sous pression du Hirak. Sa sœur Zhor et neveux en exil (France, Suisse). Aucune réhabilitation ; ses biens saisis alimentent les débats sur la restitution des fonds volés.
Image publique : Le symbole de la « issaba »
Pour la majorité des Algériens, il est l’incarnation du mépris, de la corruption et de la « hogra » (injustice), pilier d’une ère où 70 milliards de dollars s’évaporèrent. Une minorité nostalgique le voit comme bouc émissaire. Surnoms : « Saïd el Mafia », « Président de l’ombre », « Régent voyou ». En 2025, ses scandales – corruption stratosphérique, rumeurs de débauche – illustrent la dérive mafieuse du pouvoir (1999-2019), dont la chute ouvra une ère incertaine, mais marquée par une quête de justice inachevée.
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