Ali Haddad
Ali Haddad (en arabe : علي ØØ¯Ø§Ø¯), né le 24 février 1959 à Azeffoun, dans la wilaya de Tizi Ouzou, est un homme d’affaires algérien d’origine kabyle. Figure emblématique de l’oligarchie émergente sous le règne d’Abdelaziz Bouteflika, il a incarné entre 2014 et 2019 le symbole d’un enrichissement rapide lié à la proximité avec le pouvoir. Patron de l’Entreprise des Travaux Routiers, Hydrauliques et Bâtiments (ETRHB), président du Forum des chefs d’entreprise (FCE) de 2014 à 2019, et proche intime du clan présidentiel – notamment du frère du président, Saïd Bouteflika –, il était souvent qualifié de « l’homme le plus puissant d’Algérie après Bouteflika ». Ses alliances stratégiques avec des figures politiques et militaires clés du régime ont été au cÅ“ur de son ascension, lui permettant d’obtenir des contrats publics massifs et d’influencer les décisions d’État. Cependant, sa chute en 2019, précipitée par le mouvement populaire du Hirak, en a fait l’archétype de l’« oligarque du régime » : enrichissement via les marchés publics, clientélisme politique, arrestation spectaculaire, condamnations à de lourdes peines de prison et confiscation d’une fortune estimée à plusieurs milliards de dollars.
Origines et débuts modestes (1959-1990)
Issu d’une famille modeste de la Grande Kabylie, Ali Haddad grandit à Azeffoun dans un environnement rural marqué par les traditions kabyles et les défis économiques de l’après-indépendance. Il effectue ses études secondaires à Tizi Ouzou, où il se distingue par son esprit entrepreneurial précoce, aidant déjà au petit commerce familial axé sur la quincaillerie et les matériaux de construction. Dans les années 1980, il accomplit son service militaire, une expérience qui lui forge des contacts initiaux dans les cercles administratifs et militaires, bien que ces liens ne deviennent déterminants que plus tard. En 1987, à seulement 28 ans, il fonde avec son frère aîné Omar une modeste entreprise de travaux publics, initialement baptisée « Entreprise Haddad », qui deviendra l’ETRHB. Ces débuts humbles contrastent avec l’empire qu’il bâtira par la suite, soutenu par un réseau naissant de relations locales avec des walis et des fonctionnaires régionaux.
Ascension fulgurante sous Bouteflika (2000-2019)
L’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika en 1999 marque le tournant décisif pour Haddad. La libéralisation progressive des marchés publics, couplée à la manne pétrolière, lui ouvre les portes d’un essor spectaculaire. Grâce à des relations privilégiées avec des ministres, des walis et des hauts fonctionnaires, l’ETRHB se hisse en quinze ans au rang de plus grand groupe privé algérien dans le secteur du BTP (bâtiment et travaux publics). Parmi les contrats phares attribués à l’entreprise et ses filiales figurent plus de 1 200 km de l’autoroute Est-Ouest, la pénétrante Béjaïa-Ahnif, la rocade d’Alger, des barrages hydrauliques, des programmes de logements AADL, des stades et des hôpitaux. En 2018, son chiffre d’affaires officiel dépasse les 3 milliards de dollars (probablement sous-estimé), avec plus de 40 000 salariés à son apogée.
Haddad diversifie rapidement ses activités : en 2016, il rachète les quotidiens Le Temps d’Algérie et Wakt El Djazaïr pour contrôler une partie de la presse ; dans l’agroalimentaire, il noue des partenariats avec des géants comme Danone et Cevital ; il tente (sans succès) de lancer une banque privée ; et dans le football, il préside l’USM Alger de 2005 à 2010 avant de devenir mécène de plusieurs clubs. Cette expansion repose sur un réseau d’alliances solides au sein du pouvoir. Proche de Saïd Bouteflika, le puissant frère et conseiller du président, il est surnommé « le trésorier du clan » pour son rôle de principal financeur des campagnes électorales de Bouteflika (quatrième et cinquième mandats). Il entretient également des liens étroits avec Ahmed Ouyahia, ancien Premier ministre et figure influente du Rassemblement national démocratique (RND), souvent considéré comme un allié clé dans les cercles militaires en raison de sa proximité avec l’armée depuis les années 1990. Ces relations avec Ouyahia, qui a occupé plusieurs fois le poste de Premier ministre sous Bouteflika, facilitent l’obtention de prêts bancaires massifs (estimés à 16 milliards de dollars) via des « consents mutuels » plutôt que des appels d’offres transparents. De plus, Haddad évolue dans le « cercle d’Ouyahia », un réseau incluant des oligarques et des décideurs qui influencent les politiques économiques. Bien que moins documentées, ses connexions avec des généraux du régime – comme ceux du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), dirigé par les généraux Mohamed Mediène (alias Toufik) et Athmane Tartag – lui assurent une protection et un accès privilégié aux marchés sécurisés. En 2017, il exerce même une pression décisive sur Bouteflika pour limoger le Premier ministre Abdelmadjid Tebboune (aujourd’hui président) après seulement trois mois en poste, accusé de vouloir séparer l’argent public des intérêts privés comme ceux d’Haddad. Ces alliances avec des politiques (Ouyahia, Sellal) et des figures militaires (via le clan Bouteflika et le DRS) font de lui un pilier du système, lui conférant une influence sur les décisions d’État.
Apogée politique (2014-2019)
Élu en novembre 2014 président du FCE, succédant à Réda Hamiani, Haddad devient le porte-voix des « hommes d’affaires patriotes » et le fer de lance du patronat pro-Bouteflika. À ce titre, il mobilise le secteur privé pour soutenir les mandats du président, organisant des meetings et finançant des campagnes occultes. Sa proximité extrême avec Saïd Bouteflika et le « cercle d’Ouyahia » – incluant des ministres comme Youcef Yousfi (Énergie) et Abdelmadjid Ghoul (Communication) – renforce son rôle central. Lors d’un meeting en mars 2019, il apparaît publiquement aux côtés de Saïd Bouteflika, d’Abdelmadjid Sidi Saïd (secrétaire général de l’UGTA) et d’Ouyahia, formant un quatuor emblématique du pouvoir. Entre 2017 et 2019, il ambitionne même une « transition douce » comme successeur potentiel de Bouteflika, un projet avorté par les tensions internes et l’émergence du Hirak. Ses liens avec des généraux, hérités de l’ère Bouteflika, lui permettent d’infiltrer les sphères sécuritaires, où il est perçu comme un allié fiable du clan présidentiel face aux rivalités internes à l’armée.
Chute brutale avec le Hirak (mars-avril 2019)
Le 22 février 2019, le Hirak éclate, un mouvement populaire massif réclamant la fin du système Bouteflika et la lutte contre la corruption. Haddad, cible privilégiée des manifestants comme symbole de l’« Issaba » (la bande), tente de fuir le 31 mars au poste-frontière d’Oum Teboul avec la Tunisie, porteur de quatre passeports et de devises non déclarées. Arrêté sur-le-champ, il démissionne le 1er avril du FCE sous pression. Le 11 avril, Bouteflika démissionne, marquant la fin d’une ère. En mai 2019, Haddad est incarcéré à la prison d’El Harrach à Alger, dans le cadre d’une purge anti-corruption orchestrée par l’armée sous l’égide du général Ahmed Gaïd Salah.
Condamnations judiciaires (2019-2025)

Haddad accumule les condamnations dans une dizaine d’affaires liées à la corruption, souvent cumulées avec d’autres figures du régime comme Ouyahia et Sellal. Ces procès, vus par certains comme un « règlement de comptes politique », soulignent ses alliances passées : pots-de-vin via des intermédiaires militaires et politiques, prêts illicites facilités par des ministres, et financement occulte des campagnes.
| Date | Chef d’inculpation | Peine | Tribunal |
|---|---|---|---|
| Juin 2020 | Corruption, trafic d’influence, obtention d’indus avantages | 18 ans | Sidi M’Hamed (Alger) |
| Déc. 2020 | Blanchiment d’argent, faux et usage de faux | 15 ans (ramenée à 10 ans en appel) | Alger |
| 2021 | Financement occulte des campagnes électorales | 7 ans | Alger |
| 2022 | Affaire des passeports + devises | 4 ans | Annaba |
| 2023 | Affaire du port sec de Ouargla (corruption) | 8 ans | Ouargla |
| 2024 | Cumul des peines (fusion) | 14 ans de prison ferme (peine définitive la plus lourde) | Cour d’Alger |
Le total des amendes dépasse 2 milliards de dinars algériens (environ 14 millions d’euros). Les confiscations incluent 73 sociétés du groupe ETRHB (dont plusieurs liquidées), des biens immobiliers (villas à Hydra, Alger, Tizi Ouzou, Paris et en Espagne), des comptes bancaires, des yachts et des voitures de luxe.
Situation en décembre 2025
Toujours incarcéré à la prison d’El Harrach, Haddad souffre d’une santé très dégradée (diabète avancé et problèmes cardiaques), avec des demandes répétées de libération conditionnelle ou de grâce systématiquement rejetées par les autorités. Ses fils, notamment Amine et Omar Jr., ont repris une partie des activités familiales à l’étranger (France, Turquie) sous d’autres dénominations. L’ETRHB, démantelée, a été partiellement rachetée par des groupes publics ou des hommes d’affaires alignés sur le nouveau pouvoir sous Abdelmadjid Tebboune.
Image publique
Pour le Hirak et la majorité des Algériens, Haddad reste le symbole absolu de la « Issaba » et de la corruption systémique sous Bouteflika, souvent caricaturé en effigie lors des manifestations aux côtés de Saïd Bouteflika et Ouyahia. Dans les milieux d’affaires, certains le voient comme un entrepreneur talentueux victime d’un « règlement de comptes politique », soulignant ses alliances avec des « patriotes » comme les généraux du DRS. Surnommé « Le Roi des travaux publics », « Le milliardaire du béton » ou « L’oligarque kabyle », il incarne la trajectoire d’une génération d’hommes d’affaires prospères grâce à la rente pétrolière, au clientélisme et à des réseaux politiques-militaires, avant d’être emportés par la révolte populaire de 2019. Ses liens avec Ouyahia, Saïd Bouteflika et des figures militaires comme Mediène et Tartag illustrent comment le pouvoir et l’argent se sont entremêlés en Algérie sous l’ère Bouteflika.
Liste des filiales du Groupe ETRHB Haddad
Secteur BTP et Construction
- Housing Construction Haddad SPA : Spécialisée dans les projets de logements promotionnels et socio-participatifs.
- Bitumes et Pétroles Haddad (BPH) : Production et commercialisation de bitume ; compte 5 unités opérationnelles.
- Société Algérienne des Véhicules, Engins et Maintenance (SAVEM SPA) : Distribution exclusive d’engins de travaux publics (Doosan, Hanwoo) et service après-vente ; créée en 2006.
- Bureau d’Études et de Maîtrise d’Å’uvre : Rachetée en 2002 ; études en habitat, hydraulique et TP ; inclut un laboratoire de contrôle et d’analyse.
Secteur Tourisme et Hôtellerie
- Le Marin : Hôtel balnéaire à Azeffoun (Tizi Ouzou).
- Le Marin Bis : Extension resort de l’hôtel Le Marin, avec projets de villages touristiques.
Secteur Médias
- Le Temps d’Algérie : Quotidien en français, racheté en 2016.
- Wakt El Djazaïr : Quotidien en arabe, racheté en 2016.
- Dzaïr TV : Chaîne de télévision, lancée en 2013.
- Dzaïr News : Chaîne d’information, lancée en 2014.
Secteur Industriel et Diversification
- CILFARM : Société spécialisée dans le secteur médical et pharmaceutique ; créée en 2013.
- Fertial : Producteur d’intrants agricoles (engrais) ; participation partielle via partenariats (ex. : avec Asmidal/Sonatrach).
- Filiale en fabrication de tuyaux BPAT : Production de tuyaux, traverses ferroviaires et tubes spiralés.
- Filiale en commercialisation de bitume : Marketing et distribution de produits pétroliers dérivés.
Secteur Sport
- USM Alger (USMA) : Club de football ; détenu à 83 % par le groupe de 2010 à environ 2021 (racheté par Serport post-confiscation).
Autres Entités et Partenariats Notables
- Filiale en automobile : Distribution et maintenance de véhicules (liée à SAVEM).
- Projets en partenariat : Bien que non toujours des filiales à 100 %, des entités comme celles impliquées dans la cimenterie de Djelfa (avec CSCEC chinois), le stade Hocine Aït-Ahmed (avec FCC et Mapa), ou la pénétrante de Djen-Djen (avec Rizzani de Eccher et Sapta) étaient gérées via des filiales ad hoc.
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