Biyouna
Biographie de Biyouna (mise à jour)
Biyouna, de son vrai nom Baya Bouzar (باية بوزار en arabe), était une actrice, chanteuse, danseuse et animatrice algérienne, figure emblématique de la culture populaire algéroise. Née le 13 septembre 1952 dans le quartier populaire de Belcourt (aujourd’hui Belouizdad) à Alger, elle grandit dans une famille modeste d’origine algéroise ancienne. Issue d’un milieu où l’art était présent, sa mère vendait des billets dans une salle de cinéma, ce qui lui permet de découvrir les films égyptiens et de s’inspirer des chanteuses et danseuses comme celles des cabarets orientaux. Sa sÅ“ur aînée, Leïla Djazaria, était une chanteuse reconnue, et Biyouna l’accompagnait souvent aux studios de radio dès l’enfance, où elle se familiarise avec le monde artistique.
Jeunesse et formation
Dès son plus jeune âge, Biyouna manifeste une passion pour le chant et la danse. À 17 ans, elle intègre plusieurs troupes folkloriques : d’abord celle de la célèbre Fadhéla Dziria, où elle assure les chÅ“urs tout en jouant du tambourin ; puis une troupe qu’elle co-dirige avec son amie Flifla ; enfin, sa propre formation, où elle devient la chanteuse principale et animatrice des fêtes de mariages et soirées populaires. Sans formation académique formelle, elle se forge un style unique, mêlant humour, franc-parler et traditions algéroises, qui deviendra sa signature. À 19 ans, elle se produit comme danseuse au mythique cabaret Copacabana d’Alger, un lieu emblématique de la nuit algéroise, avant de travailler dans d’autres établissements comme La Koutoubia, El Paso et Le Corsaire. Cette période la marque profondément, lui conférant une image de « grande sÅ“ur » des Algériens, accessible et irrévérencieuse.
Vie privée
Biyouna a grandi dans une société qu’elle décrivait comme machiste, où les femmes, comme sa mère et sa grand-mère, devaient souvent préparer les repas et nettoyer la maison avant de manger en dernier, après les hommes et les enfants. Refusant de suivre ce modèle traditionnel, elle choisit très tôt une vie indépendante et libre, affirmant son autonomie à travers sa carrière artistique qui lui permet de subvenir à ses besoins sans dépendre d’un mari ou d’une famille patriarcale. Elle était mariée à Mokhtar, dont elle parlait peu publiquement, mais qui faisait partie de son cercle proche et soutenant. Son entourage incluait fidèlement des collaborateurs artistiques comme Joseph Racaille (arrangeur musical), Christophe Dupouy (mixeur) et son agent Olivier Gluzman, rencontré lors d’un « coup de foudre professionnel ». Biyouna avait d’enfants et protégeait jalousement sa sphère privée, préférant se concentrer sur son image publique de femme forte et espiègle. Ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF, elle s’engageait pour les droits des enfants, reflétant une sensibilité humanitaire forgée par son enfance modeste. Elle vivait entre Alger et Paris, naviguant entre ses racines algéroises et sa carrière internationale, tout en maintenant un lien profond avec son public algérien.
Débuts artistiques et carrière à la télévision
Le tournant de sa carrière arrive en 1973, à seulement 21 ans (bien que certaines sources indiquent 17 ans pour ses débuts dansants). Lors d’une visite aux studios de la télévision algérienne, elle est repérée par le réalisateur Mustapha Badie. Elle auditionne pour le rôle de Fatma dans le feuilleton La Grande Maison, adaptation du roman de Mohammed Dib, et conquiert l’équipe par son charisme naturel. Ce rôle, celui d’une femme du peuple forte et espiègle, la propulse au rang de star nationale, la rendant célèbre dans tout l’Algérie.
Elle enchaîne ensuite les apparitions télévisées, mais son style populaire et franc la rend parfois controversée auprès des intellectuels et du pouvoir en place, qui la rejettent pour son image « trop algéroise ». Dans les années 1980 et 1990, elle revient aux cabarets et développe sa veine comique en écrivant et jouant des one-woman-shows dans les stades du pays. Le succès revient en force entre 2002 et 2005 avec la trilogie ramadanesque Nass Mlah City, une série humoristique qui devient un phénomène culturel, où elle incarne une figure maternelle déjantée. En 2007, elle apparaît dans Rendez-vous avec le destin. Pour le Ramadan 2010, elle est la vedette de la sitcom Nsibti Laaziza sur Nessma TV, dans le rôle de Barisa, une actrice has-been aux rôles français, qu’elle reprend pour les saisons suivantes et co-interprète le générique.
Carrière au cinéma
Biyouna tarde à percer au cinéma en raison de son image télévisuelle, mais sa filmographie, bien que sélective, met en lumière son talent pour les rôles de femmes excentriques et résilientes. Voici une liste complète et chronologique de ses principaux films (incluant courts métrages et apparitions notables) :
| Année | Titre du film | Rôle principal | Réalisateur | Notes |
|---|---|---|---|---|
| 1978 | Leïla et les autres | Second rôle | Sid Ali Mazif | Premier rôle au cinéma algérien. |
| 2000 | Le Harem de Madame Osmane | Meriem | Nadir Moknèche | Début international, tourné en France et au Maroc ; comédie dramatique sur la guerre civile algérienne. |
| 2003 | Viva Laldjérie | Second rôle | Nadir Moknèche | Suite spirituelle du précédent, exploration de l’identité algéroise. |
| 2007 | Délice Paloma | Madame Aldjeria (mafieuse charismatique) | Nadir Moknèche | Rôle principal acclamé pour son humour noir. |
| 2011 | La Source des femmes | Voisine / Figure maternelle | Radu Mihaileanu | Sélectionné à Cannes (Palme d’or et Prix du Jury) ; comédie sur une grève du sexe en Turquie, aux côtés de Leïla Bekhti. |
| 2012 | À mon âge je me cache encore pour fumer | Fatima | Sarah Lévy | Rôle de femme forte dans un drame sur l’émancipation féminine en Algérie. |
| 2013 | Les 3 frères, le retour | Second rôle comique | Bernard Campan, Didier Bourdon, Pascal Légitimus | Comédie française populaire. |
| 2014 | Amour sur place ou à emporter | Second rôle | Reem Kherici | Comédie romantique. |
| 2014 | Beur sur la ville | Second rôle | Djamel Bensalah | Comédie policière. |
| 2014 | Le Temps des égarés | Second rôle | Arsène Houndach | Drame sur l’immigration. |
| 2016 | Le Grand bazar | Second rôle | Pascal Bourdiaux | Comédie familiale. |
| 2016 | Les Déguns | Second rôle | Cyril Seassau, Michaël Tordjman | Comédie d’action. |
| 2017 | Les Trois frères, le retour (répété pour cohérence, mais voir 2014) | – | – | (Note : Confusion possible avec Les 3 frères, le retour de 2014). |
Ces films illustrent son passage du cinéma algérien indépendant và des productions françaises et internationales, souvent centrées sur des thèmes d’identité, de genre et d’humour culturel.
Carrière au théâtre et musicale
Au théâtre, Biyouna brille dans des productions hybrides. En 2006, elle répète le rôle du Coryphée dans Électre de Sophocle, mis en scène par Philippe Calvario, aux côtés de Jane Birkin. En 2009, elle joue le rôle-titre dans La Célestine au Vingtième Théâtre à Paris, et un rôle secondaire dans la comédie Il reste du jambon ? avec Ramzy Bedia et Anne Depétrini. Elle participe aussi au spectacle Opéra d’Casbah mis en scène par Jérôme Savary en 2003, avec Fellag.
Parallèlement, sa carrière musicale est prolifique. Elle sort Raid Zone en 2001 (7 000 exemplaires vendus), co-écrit avec John Bagnolett, un album mêlant traditions et modernité. Succès majeur en 2007 avec Blonde dans la Casbah (600 000 exemplaires), un répertoire franco-algérien arrangé par Joseph Racaille. Elle se produit en concert, comme au New Morning à Paris en 2002.
Décès
Biyouna s’est éteinte le 25 novembre 2025, à l’âge de 73 ans, à l’hôpital Beni Messous d’Alger, des suites d’un cancer du poumon. Sa disparition laisse un vide immense dans le paysage artistique maghrébin.